II. Le pouvoir politique, l'Etat et la nation.

 

Nous avons défini le pouvoir comme une relation qui permet à un individu d'obtenir un comportement souhaité d'un autre individu.

Le pouvoir politique est une forme particulière de pouvoir qui concerne tous les membres d'une société.

Il prend toute son importance dans les sociétés complexes composées de groupes sociaux aux intérêts potentiellement divergent. Ces divergences d'intérêts peuvent déboucher sur des conflits susceptibles de faire éclater la société.

Le pouvoir politique a pour fonction d'éviter cet éclatement, soit en imposant un ordre au sein de la société, soit en facilitant la conciliation entre les groupes en conflit.

 

A. La spécificité du pouvoir politique.

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Le pouvoir politique est une forme particulière de pouvoir : à la différence des autres, il concerne toute la société, puisqu'en fait il s'exerce sur l'ensemble de la société.

Le pouvoir politique a une fonction spécifique, celle d’assurer la cohésion sociale, l'équilibre social. Il a charge de réguler les relations sociales et d'intervenir pour éviter les conflits dans la société.

Comme il n’existe aucune société où les règles soient automatiquement respectées, l'État intervient comme mode d’apaisement et de résolution des conflits. Il tente de limiter les clivages de la société.

La tâche du pouvoir politique n’est pas d’effacer les inégalités, mais de faire en sorte qu’elles deviennent supportables. (M. Hasting, Aborder la science politique, 1996)

"Le pouvoir politique a pour fonction de défendre la société contre sa tendance à l'entropie qui la menace du désordre". (George Balandier, Anthropologie politique, 1967). Pour cet anthropologue, la société est marquée par un désordre qui a naturellement tendance à augmenter. Elle a plus d'aptitude à détruire qu'à construire.

À cette exigence interne, le pouvoir politique ajoute une nécessité externe : il donne à une société les moyens de se protéger contre les dangers extérieurs, réels ou supposés.

 

 

B. L'État.

 

1. Définitions et rôle de l'Etat.

Dans un premier sens, l'État peut être assimilé au pays (ex. : l'État français = la France).

Mais, en sociologie comme en science politique, l'État est plus souvent analysé comme étant l'instrument d'un pouvoir politique institutionnalisé et non pas individualisé : ceux qui gouvernent ne le font pas en leur nom propre et sont obligés de respecter des procédures et des réglementations qui leurs sont imposées. En tant qu'instrument de pouvoir, l'État repose à la fois sur la contrainte (privilégié dans les dictatures) et sur l'assentiment de la population (privilégié dans les démocraties) ou la légitimité.

L'État peut ainsi être défini sociologiquement, avec Max Weber, comme « une communauté humaine qui, dans les limites d’un territoire déterminé […], revendique avec succès pour son propre compte le monopole de la violence physique légitime ».

Seuls l'État et ses services (police, gendarmerie), a le droit de mettre en œuvre la violence (et plus encore : la violence armée) à l’encontre de ceux qui violeraient les lois établies.

Ceux qui usent de violence physique, en dehors de l'État, sont illégitimes et peuvent donc être considérés soit comme des délinquants, des criminels, voire comme des mercenaires ou des terroristes.

Le monopole de la violence est le garant du pouvoir de l’État sur son territoire. Il permet la pacification des rapports entre les citoyens puisqu'il permet à des individus et des groupes sociaux différents, aux intérêts parfois divergents, de vivre ensemble en interdisant toute violence d'un individu ou d'un groupe sur un autre.

Pour éviter tout abus de ce monopole, il convient de protéger par la loi les citoyens contre l'arbitraire et la violence exercée par l'État. Un tel État est appelé "État de Droit". La légitimité du pouvoir politique doit normalement lui permettre de limiter le recours à la violence (ex. : démocraties).

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2. L'État comme résultat d'un processus historique.

L'institutionnalisation de l'État s'est faite par un long processus historique.

Dans les sociétés féodales, le pouvoir politique était incarné par des hommes (les seigneurs) qui régnaient chacun sur leur propre territoire. À partir du XIe siècle en Europe, on a d'abord assisté à une lente concentration du pouvoir politique au profit du roi (la collecte des impôts, la monnaie, la sécurité publique, la défense sont devenues quelques-unes de ses attributions).

L'apparition de la monnaie a d'abord permis au souverain de récompenser ses subordonnés en argent et de s'assurer leur service et leur fidélité.

C’est ainsi que se constituèrent les armées et les administrations modernes, où les subordonnés restent dépendants de l’État, qui, de la sorte, échappe à la tendance permanente à l’éclatement, caractéristique de l’époque féodale.

Puis le pouvoir politique s'est institutionnalisé, ce qui signifie à la fois qu'il ne réside plus dans un individu mais dans une fonction (ex.: la présidence de la République) et qu'il doit respecter les lois.

Au XXème siècle, l’État étend son rôle économique (nationalisations, dirigisme, régulation…) et social (socialisation de l’éducation, mise en place de la Sécurité sociale) pour devenir un « État-providence », régulateur et protecteur.

L'État-providence (selon la formule d'Emile Ollivier), est un État qui, en plus de ses fonctions régaliennes (police, armée, justice), assure la régulation économique et la protection sociale des individus (« Préserver les individus du besoin et du risque » selon la formule de Sir William Beveridge).

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C. La Nation.

 

1. Définitions.

Une nation est un ensemble de personnes vivant sur un territoire commun, conscient de son unité (historique, culturelle, etc.) et constituant une entité politique.

Le passé commun est à l'origine d'une histoire partagée constitutive du sentiment d’identité commune. Certains événements, servent ainsi de référence à tous (mémoire collective), et aident à forger une identité nationale. Il en est de même pour les valeurs.

Si le passé commun est une condition nécessaire pour constituer une nation, cela n'est pas une condition suffisante, car la nation suppose un projet politique partagé.

Ernst Renan explique que la nation est le résultat d'un « consentement, du désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L'existence d'une nation est un plébiscite de tous les jours. »

Débat entre Herder et Renan

Conférence d'Ernest Renan sur la Nation : Qu'est-ce qu'une nation (Sorbonne, 1882)

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2. De l'État à l'État-nation.

Historiquement, la construction de la nation a accompagné celle de l'État. L’État s’est construit grâce à la mise en place d’institutions socialisatrices et intégratices (armée, école) et de règles communes autour desquelles s'est renforcée l'identité nationale. 

On peut ainsi définir l'État-nation comme une unité politique où la nation est constituée et structurée par un État.

Les institutions, les médias, la vie politique continuent à unifier la population, mais ils sont concurrencés par la tendance à l'internationalisation, la montée en puissance des organismes internationaux (l'Union européenne, l'ONU…) et une culture de plus en plus mondialisée (avec la multiplication des échanges internationaux, notamment à travers Internet).

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